Les pas légers d'un chat dans la neige,
comme les volutes de l'encens qui s'élève,
me font tourner les yeux vers la grève
et le vent qui secoue l'écume.
Pourquoi si grise se répand la brume ?
Les notes se dispersent comme des cendres,
les voix se cassent, les verres se brisent...
Et les démons toujours tournoient au creux glacé des vagues.
Et mes pensées, pareilles,
du tourbillon incontrôlable qui étreint mon âme,
font jaillir les accents d'une absurde musique.
A chaque note je n'ai de cesse de ne pas mourir,
tandis que tu t'éloignes sans te retourner :
tu ne veux pas me voir faiblir
et laisser là mon rêve abandonné.
Si tard enfin, faut-il que je comprenne...
que tu étais le songe,
que tu étais l'haleine,
de tous mes chants, de tous mes mots,
de ces marques aux veines...
Ainsi je me réveille, et tu as disparu.
On me dit que tu veilles,
mais moi, je suis perdue,
A tout jamais perdue.
Comme ma voix qui, grêle
Te cherche dans l'aigu
Se brise dans les graves...
Comme les vagues nues
S'échouent contre la plage...
A tout jamais évanouie...
La silouhette fantôme du félin de nuit
a dissout son manteau entre les grains de sable
et je me cherche, vide, marchant sans volonté
Dans l'horizon opaque et sombre qui grandit
Je fais un voeu absent, et d'un regard blanchit
je tourne une dernière fois
mes pas loin de ton lit...
Qu'en paix tu y reposes, dans le fleuve du monde
Je m'en vais dans l'oubli
M'accrocher à ma ronde,
Que ces soirs au micro
Soit mon gouffre de vie...